
Synopsis
Nathan est un garçon tonique, pour ne pas dire “tendu”. Tous les soirs, il pose, nu, et on le dessine. Il fait ça pour l’argent, mais pas que… Enfin, c’est compliqué. Vous comprendrez plus tard. Parce que c’est un peu ça aussi, le sujet du spectacle.
Des premières fois aux Beaux-Arts de Berlin à l’atelier d’un peintre italien où il pose en martyr chrétien, Le Garçon le plus triste du monde retrace le parcours d’un modèle qui se met à nu pour gagner sa vie tout en risquant de la perdre.
Dans Le Garçon le plus triste du monde, les dessinateurs sont des bouchers et les photographes des voleurs, une radio grésille, un garçon montre ses fesses, David Guetta chante qu’il s’aime en anglais ; je suis Saint-Sébastien, une icône gay et le professeur de dessin, c’est moi qui fixe les règles et distribue les bons points; pour une fois ça change, et c’est bien.
Texte, mise en scène et jeu : Martin Nadal
Collaborateurs artistiques : Zoé Guillemaud, Samuel Petit et Clarisse Fougera
Regard chorégraphique : Élise Roy
Regard dramaturgique : Julia Malye
Création lumière : Mona Marzaq
Création sonore : Guillaume Verdegay, Marjorie Barré et Anna Rohmer
Scénographie et costumes : Martin Nadal
Masque : Lydia Sevette
Création graphique : Aron Wouters

Avec Le garçon le plus triste du monde, j’ai voulu raconter l’histoire d’un garçon qui se met tout nu pour gagner sa vie tout en risquant de la perdre ; d’un garçon qui fait ça pour l’argent mais aussi parce qu’il croit que c’est dans le regard de l’autre qu’il peut le mieux saisir ses propres contours ; d’un garçon intelligent qui développe ses propres stratégies pour tenir : tenir débout et tenir bon malgré la dureté d’un travail physiquement éprouvant, mal rémunéré et peu considéré. Ce garçon pourrait être Björn Andrésen, ce garçon pourrait être moi.
Le spectacle est construit dans un aller-retour entre passé et présent, comme une plongée dans la psyché d’un acteur-modèle qui, plutôt que de subir les poses et rôles auxquels on voudrait l’assigner, parvient à reprendre le pouvoir sur son image, à s’émanciper du regard qu’on pose sur lui et à s’interroger sur les causes de son rapport éteint et distancié à la réalité. Confronté à la violence d’un regard parfois réifiant dans lequel il a l’impression d’être un pantin, Nathan travaille avec humour à donner du sens à une expérience vécue parfois douloureusement, cherchant par les mots à dégager des espaces de fantaisie et de liberté, afin de se défaire de l’image de jeune éphèbe dans lequel on voudrait l’enfermer.
entretien avec Vincent, mars 2024
L’immobilité, ça n'existe pas. Quand tu dis : “ t’es immobile”, c’est que t’es mort. Mais même mort, ton corps, il continue d’évoluer. Tes ongles, ils poussent, ta peau elle se désintègre. Il y a toujours du mouvement, il y a toujours de la vie. J’ai essayé plusieurs stratégies pour m’aider à tenir. Stratégie, oui. A un moment, c’est vraiment devenu ça. C’est que, à certains moments, j’étais à la limite de tomber dans les pommes avec le stress et l’épuisement. La question, c’est: si je dois tenir tant de temps, qu’est-ce qui a de l’importance et qu’est-ce qui n’en a pas. Que j’ai peur du regard des gens, est-ce que ça a de l’importance? Ça me prend de l’énergie, ça me bouffe de la motivation donc, en fait, c’est pas important. L’important, c’est comment je me sens. Je ne peux pas ne pas être ma propre priorité. Moi je pose, je suis payé pour poser, mais je ne m’exhibe pas. Je suis pas à la merci de…sur la place publique, quoi. Je choisis le cadre, les conditions. Il y a des choses que j’accepte et des choses que je n'accepte pas. Et là ça faisait comme si j’étais un meuble posé là, et tout le monde peut entrer, sortir et donc à un moment, j'ai dit, par contre, là ça va pas le faire c’est pas les journées portes ouvertes. Les gens, ils peuvent oublier l’essentiel, c’est que il y a quelqu'un qui est à nu et qui potentiellement peut être plus vulnérable. Aussi, je m’expose, mais c’est pas dans un but de punition. C’est pas : prenez mon corps, mon corps vous appartient. C’est : voilà ce que j’ai envie de vous présenter aujourd'hui de moi. Il y a déjà une fenêtre de négociation là-dedans. En fait, on ne peut rien cacher. Donc pour pas que ça devienne un peloton d’exécution, autant accepter le fait qu’on n’a rien à cacher. Si je passe toute la séance à me dire oh la la qu’est-ce qu’ils pensent de mon bourrelet, ça me prend de l’énergie, ça me met pas dans un état qui fait du bien, et donc ce métier il peut faire du bien, vraiment, dans le rapport au corps, dans le fait que… on peut prendre de la distance par rapport à la propre représentation qu’on a de son corps. Les gens quand ils te dessinent, ils vont dire par exemple, “j’aime bien tes jambes, elles sont longues” Je dis : “ah bon?” Dans ma tête : “Ah, moi j’aimais pas parce qu’elles étaient trop longues”. Mais y a quelqu’un qui me dit qu’il les aime bien, donc peut-être que je vais remettre en question le fait que moi je les aime pas. C’est légitime que je ressente de moins les aimer. Mais c’est tout autant légitime, quelqu’un qui va me dire : “Moi, j’adore ça”. Donc, dans cet espace là, quelle option je choisis? Le fait d’en souffrir ou le fait de me dire que peut-être, ça plait à certaines personnes ? Et si, pourquoi pas, ça me plaisait à moi, aussi? Moi, je me pose toujours trente-six questions. C’est mon fonctionnement propre, d’essayer de voir qu’est-ce qui m’aide, qu’est-ce qui ne m'aide pas. Moi, j’ai été adopté. Chaque adoption est particulière, mais dans mon cas, même si les choses se passaient bien, j’avais quand même, des fois, j’avais un trou béant. Aussi, des fois, j’avais le sentiment de ne pas être à ma place. Je viens de l’extérieur et donc j’ai dû être capable d’analyser les situations, d’analyser les interactions avec les gens rapidement pour savoir si ça représentait un danger ou pas un danger. Est-ce que le fait que je sois vraiment moi, représente un danger ou pas, à ce moment-là?. Est-ce que je dois m’adapter à l’environnement, au pays ? Mais qui je suis, si je ne fais que m’adapter ? Que cacher certaines parties de moi? Ne pas chercher certaines parties de moi, parce qu’elles pourraient être rejetées par l’extérieur? Mais ça vaut pour tout le monde ça, je me dis. Mais moi ça m’a appris à lire les situations, décrypter les comportements et essayer de me positionner pour me rendre la vie plus facile, même si le fait de cogiter tout le temps, ça prend de l’énergie, et tout ça, quoi.








