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Un mariage, aux allures étranges de goûter d’anniversaire, se prépare. C’est Angélique, fille d’Argante, que l’on marie. Mais avec qui ? Et où est-elle ? Conviés à cette noce de dernière minute par une mère autoritaire, les spectateurs découvrent avec Toineau, son valet, qu’il y a quiproquo sur le choix du mari. Témoins d’une situation embarrassante, ils apprennent qu’à la place de l'amant d’Angélique, Argante s’est choisie le médecin Thomas Diafoirus pour gendre, espérant apaiser son angoisse de la mort et sa peur de vieillir. Farces, disputes et travestissements vont transformer les préparatifs de mariage en épreuve burlesque pour cette femme inquiète de son corps, obsédée par la maladie et ses remèdes.

Conçue à partir d’un montage de scènes tirées de la dernière comédie de Molière, cette création originale pour deux interprètes se focalise sur le duo Argante / Toineau. Elle fait le pari de restituer l’action et le propos de la pièce le plus fidèlement possible tout en ne conservant que les deux personnages principaux, dont les genres ont été librement inversés. 

Création 2021 pour le 400e anniversaire de la naissance de Molière

Représentations "in situ" dans les établissements scolaires

Conception et jeu : Marianne Giraud et Martin Nadal

Collaboration artistique et mise en scène : Lucie Mazières

Costumes et accessoires : Salvatore Pascap ; Maquillage : Lucas Rahon

Crédits photo : Arthur Crestani

 

Et si Argan devenait Argante ? Le simple passage du masculin au féminin, sans qu’aucune autre modification ne soit apportée au texte de Molière, éclaire les enjeux de la pièce avec une acuité nouvelle. Argante commande et s’octroie le privilège de disposer librement de sa fille en la mariant à l’homme de son choix. L’inversion des genres fait advenir une figure théâtrale inédite en ce qu’elle échappe aux stéréotypes classiques de la marâtre, de la suivante ou de la jeune amoureuse. Mater familias tout à la fois crainte et moquée par son valet, Argante est dépositaire de l’autorité. La féminisation du personnage permet, en creux, de questionner les élèves sur la place occupée par les pères de famille dans les comédies de Molière. Peut-être qu’avec l’habitude patriarcale, l’omnipotence d’Argan avait été rendue moins lisible au fil du temps. Qu’une femme puisse diriger l’action et être méchante, « si elle le veut », voilà qui est peut-être plus surprenant. Du père despotique à la mère tyrannique, il est intéressant d’observer ce que ces figures disent du sexisme en place : notre regard de spectateur est-il plus impitoyable quand il s'agit d'une femme ?

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